Cet article est la continuité de celui-ci : Introduction au concept de vision du monde (3.a): influencé, moi ?
« Nos habitudes quotidiennes – ces pratiques formatrices – constituent une liturgie de tous les jours. Avec mon smartphone tous les matins, j’avais développé un rituel qui me formait pour un but précis : utiliser la technologie pour me divertir et me stimuler. Malgré la vision du monde que je professais ou la sous-culture chrétienne dont je faisais partie, cette habitude quotidienne jamais remise en question faisait de moi une adoratrice des écrans.
Le fait de considérer ma liturgie de tous les jours justement comme un liturgie, c’est-à-dire comme quelque chose qui à la fois révèle et façonne ce que j’aime et vénère, m’a permis de me rendre compte que j’étais déformée par mes pratiques quotidiennes, qu’elles me rendaient moins vivantes, moins humaine, moins à même de donner et recevoir de l’amour au cours de ma journée. En remplaçant ce rituel, j’ai pu me créer une nouvelle habitude contemplative qui m’a orientée vers une autre manière d’être « dans le monde ».
Smith nous invite à analyser nos journées : « demandons-nous donc s’il y a des habitudes et des pratiques que nous acquérons sans nous en rendre compte. Y a-t-il dans notre culture des influences rituelles dont nous nous imprégnons naïvement – qui par conséquent nous façonnent – et qui, si on les étudie de près, sont en fait dirigées vers un but ultime ? Y a-t-il dans le monde des routines auxquelles nous prenons part et qui, si on y reste attentif, se révèlent être des pratiques astreignantes qui nous transmettent une vision particulière de la vie idéale? »1
Ces habitudes de vie dont on ne parle pas et dont on n’a même pas conscience nous façonnent. Les moments ordinaires, enracinés dans les pratiques collectives de l’Église, font de nous, avec l’habitude et la répétition, instant après instant, des personnes qui sont chaque jour, et donc toute leur vie, marquées par l’amour de Dieu. (…)
Mon intention n’est nullement de nous amener à réfléchir consciemment tout au long de notre journée à la théologie de la moindre de nos habitudes. Ce serait épuisant. Cependant, que l’on étudie ou non nos activités quotidiennes sous un angle théologique, il n’en demeure pas moins qu’elles façonnent notre vision de Dieu et de nous-mêmes. Examiner notre vie de tous les jours à travers le prisme de la liturgie nous permet de voir quel genre de personnes ces habitudes nous amènent à devenir, ainsi que de découvrir les manières de vivre en tant qu’êtres aimés et transformés par Dieu. »2
Cette longue citation de Tish Warren nous aide à comprendre un peu mieux le concept de vision du monde. Parfois, nous pouvons agir en opposition avec ce que l’on professe en apparences. En tant que chrétiens, nous comprenons bien cela parce que nous proclamons notre amour pour Dieu en affirmant qu’il est notre seul Seigneur et, en même temps, nous péchons en prouvant par là que nous avons des idoles que nous adorons. L’apôtre Paul dit « Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. » (Rm 7, 19). Notre manière de voir les choses, notre vision du monde, nous pousse parfois à faire des actes en opposition avec ce que nous affirmons devant tous. Par cela même nous prouvons que nous ne croyons pas réellement ce que nous professons extérieurement. Paul continue en disant : « Et si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui le fais, c’est le péché qui habite en moi » (Rm 7, 20). Nos mauvaises actions révèlent quelque chose de profond sur notre manière de voir les choses, sur notre vraie vision du monde. Nos péchés révèlent qui nous adorons vraiment.
En sachant cela… comment faut-il faire pour transformer notre vision du monde en celle que Dieu a ? Encore une fois, Tish Warren nous donne plusieurs conseils. Elle nous rappelle que nous devons à tout prix chercher à comprendre en quoi nos actions nous façonnent et là où elles nous amènent. En suivant nos mêmes habitudes pendant les dix prochaines années, serons-nous meilleurs ? pires ? ou inchangés ? Quel est le but ultime de cette pratique ? En analysant nos habitudes, nous comprenons que, même en étant séparés du monde, nous nous transformons petit à petit en adorateurs de la consommation, du confort, du plaisir, etc. Ces petits gestes révèlent ce à quoi notre vie idéale ressemble. Mais notre vie idéale est-elle celle que Dieu a prévu pour nous ? Voyons-nous les petits actes du quotidien comme Dieu les voit ? Comprenons-nous la puissance de nos habitudes, soit pour nous détruire, soit pour nous faire avancer ? Et surtout… que révèlent nos habitudes sur notre vraie vision du monde ? Changeons donc nos habitudes, notre liturgie de tous les jours pour pouvoir changer notre manière de voir les choses, pour voir le monde de la même façon que Dieu le voit.
1 James K.A. Smith, Desiring the Kingdom : Worship, Worldview, and Cultural Formation, Baker, 2009, p. 211.
2 Tish Harrison Warren, Liturgie de la vie ordinaire, pratiques sacrées du quotidien, trad. Marion Marti, Excelsis, 2016, p. 28-30.




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